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théâtre jeunesse :
L'écrivain vu à la télé

Histoire éducative


L’écrivain vu à la télé


Christophe écrit des livres. Des livres pour enfants. Mais quand il doit répondre à la question « profession ? », il note systématiquement « enseignant ».
Car ses livres se vendent peu. Donc il ne vit pas de sa passion, il ne vit pas de ses ventes.

Dans les salons du livre, il voit passer les enfants. Le plus souvent les enfants tirent la main de leur maman : vite, vite, ils veulent voir l’écrivain vu à la télé, ils veulent son dernier livre avec un peu mot personnalisé, une dédicace.

Christophe regarde toujours passer les enfants avec une infinie tristesse : il est persuadé que si les enfants ouvraient ses livres, il deviendrait leur auteur préféré. Mais il n’est jamais passé à la télé, il est connu comme écrivain uniquement dans son département... son beau-frère travaillant à la rubrique littéraire du seul quotidien, ses livres y sont naturellement bien mis en valeur !... beaucoup lui envient cette relation !... « C’est mieux que rien » lui répètent souvent de nombreux « collègues »...

Un lundi matin, alors que Christophe attendait au guichet de la poste, pour envoyer son prochain livre à son éditeur, deux bandits cagoulés sont entrés.
Une arme à la main, le premier a exigé la caisse, tandis que son complice surveillait l’entrée et l’assistance. Les voleurs allaient s’enfuir avec des sacs quand une sirène de police retentit. Le plus grand des truands, celui ayant réclamé la caisse, pointa alors son arme vers Christophe et cria un ordre qu’il valait mieux ne pas discuter : « toi, tu viens avec nous ».

Christophe, au milieu des deux truands cagoulés, une arme posée sur la tempe, est alors sorti. Les policiers, confrontés à une prise d’otage, se reculèrent comme exigé par les voleurs, qui bondirent dans la voiture stationnée devant l’entrée. Christophe fut projeté à l’arrière et le plus grand des bandits continua à le fixer.

Le lendemain, Christophe faisait la UNE de la presse nationale. Personne ne l’avait vu, mais à l’angle de la rue, un certain Stéphane Ternoise avait sorti son appareil photo numérique, et discrètement avait... mitraillé ! Rmisite, il avait immédiatement compris tout ce qu’il pouvait tirer de tels clichés... La presse nationale manquait de sujets... et « l’insécurité touchant aussi les petites villes de province » les intéressa.
Peu informé des prix le plus souvent pratiqués, le photographe amateur ne fut, finalement, pas gourmant ! Un professionnel aurait su en tirer au moins dix fois plus de ces clichés !

Sortis de la ville, les bandits se considérèrent en sécurité, et abandonnèrent Christophe. La police fut rapidement sur les lieux mais les fuyards s’étaient évaporés...

Le lendemain, la presse nationale et la télévision cantonnèrent dans le petit village où vivait modestement Christophe. On n’y avait jamais vu pareille affluence. Christophe raconta, raconta... et soudain réalisa la disparition de l’enveloppe qu’il devait poster, celle contenant son prochain livre.
« Lancez un appel » lui proposa un cameramen. Et c’est ainsi qu’au journal de 20 heures, toutes chaînes confondues, plus de seize millions de téléspectateurs, audience certifiée, entendirent :
- Je demande juste à ces deux personnes de ne pas détruire la lettre laissée dans la voiture. Je suis écrivain , c’est le manuscrit de mon prochain livre.
- Vous avez une copie au moins ?
- Je suis un écrivain « à l’ancienne », j’écris à la plume, et l’éditeur saisit le texte. Souvent je fais une photocopie avant de l’envoyer, mais ce matin la photocopieuse de la mairie était en panne et passer chez un imprimeur pour des photocopies... j’avoue que ça coûte trop cher... alors comme mon éditeur réclamait le manuscrit d’urgence pour qu’il puisse sortir au prochain salon du livre de Paris, j’allais l’envoyer... c’est une catastrophe.


Merci de respecter le droit d'auteur en me contactant si vous souhaitez jouer ce texte. Car je dois parfois perdre du temps pour faire respecter mes droits... (histoires réelle... )
Christophe n’avait jamais été invité au salon du livre de Paris, et cette année non plus ce n’était pas prévu. Son éditeur avait même traîné les pieds pour signer ce livre et en avait profité pour encore baisser ses droits d’auteur. Mais c’est durant l’interview que Christophe s’était senti pousser des ailes, qu’il avait réalisé... passer à la télé !...

La voiture fut retrouvée, c’était une voiture volée... mais nulle enveloppe à l’intérieur.
Christophe devint une vedette. Des dossiers sur son oeuvre furent publiés. Les libraires réclamaient ses précédents livres. Grâce à l’impression numérique, l’éditeur put répondre à la demande.
Christophe fut invité à raconter sa méthode de travail, expliquer pourquoi il ne pouvait retrouver les termes exacts, travaillant sous l’urgence de l’inspiration. Naturellement il en rajoutait ! il se découvrait un véritable talent de.... conteur...
L’histoire de ce prochain livre, qui n’existerait sûrement jamais, parut dans la plupart des grands journaux !
Il dessina une esquisse de son nouveau personnage : Romino le cabot. Dans la semaine, il signait un contrat avec un fabricant de peluches, avec la certitude de se retrouver en couverture du catalogue de Noël d’une grande chaîne d’hypermarchés !

Huit jours avant le salon du livre de Paris, l’éditeur reçut l’enveloppe qu’il n’espérait plus. Avec au dos, calligraphié : « nous n’avons pas voulu priver les enfants de cette histoire ».

Ce fut la mobilisation générale chez l’éditeur : il fallut saisir le texte, le mettre en page, le corriger puis l’envoyer chez l’imprimeur. Naturellement cette course contre la montre fut suivie par les médias...

Au salon du livre, ce fut une foule comme jamais, un succès auquel même un prix Goncourt ne peut prétendre ! Un producteur Hollywoodien, de passage dans la capitale, acquit, sans avoir lu la moindre traduction, les droits cinématographiques. Les traductions, naturellement, étaient en négociation. Elles seraient signées quelques jours plus tard pour trente-sept pays.

Depuis, Christophe est régulièrement sur les plateaux des télés, même parfois dans les émissions dites littéraires, même parfois pour y parler de ses livres. Il est l’écrivain vedette des salons du livre.
Mais quand il regarde la file d’attente des enfants qui réclament un petit mot, il a toujours un léger pincement au coeur, il ne peut s’empêcher de penser aux écrivains qui l’observent, l’envient forcément, ces écrivains anonymes devant lesquels les enfants passent sans même un regard.

Et toi, quand tu vas au salon du livre, tu regardes l’ensemble des livres avant de choisir ceux que tu préfères ou tu vas directement vers les écrivains vus à la télé ?

1) La dernière révolte des bourdons

3) La fille aux 200 doudous

4) Nathan et les fées



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